Journal d'un paumé

See no evil. Hear no evil. Speak no evil.

dimanche 27 juin 2004

l'Homme évolue, la tafiole ne change pas.

Iphis voit à l'église un soulier d'une nouvelle mode, il regarde le sien et en rougit, il ne se croit plus habillé ; il était venu à la messe pour s'y montrer, et il se cache ; le voilà retenu par le pied dans sa chambre tout le reste du jour. Il a la main douce, et il l'entretient avec une pâte de senteur ; il a soin de rire pour montrer ses dents ; il regarde ses jambes, il se voit au miroir, l'on ne peut être plus content de personne qu'il ne l'est de lui-même ; il s'est acquis une voix claire et délicate ; il a un mouvement de tête et je ne sais quel adoucissement dans les yeux dont il n'oublie pas de s'embellir ; il a une démarche molle et le plus joli maintien qu'il est capable de se procurer ; il met du rouge mais rarement, il n'en fait pas habitude ; il est vrai aussi qu'il porte des chausses et un chapeau, et qu'il n'a ni boucles d'oreilles ni collier de perles : aussi ne l'ai-je pas mis dans le chapitre des femmes.

La Bruyère, 1688.

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